Le Bocage Libre
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17 Juin 1999

Août 44 ... Vire

Le soldat Ryan a été sauvé !

L'autre mardi 8 juin, une délégation américaine d'environ cent vingt personnes parmi lesquelles quarante-cinq vétérans de la 29ème Division US, a passé quelques heures à Vire. Les vétérans ont tout d'abord participé à une cérémonie au monument de la Cote 203 à La Besnardière. Ils ont ensuite été invités à déjeuner au Vaudeville profitant même du fait qu'un thé dansant y était organisé pour, en début d'après-midi, se dégourdir les jambes sur le parquet !

"un monument-souvenir"

A La Besnardière, ils avaient été accueillis par la musique municipale dont les membres avaient révisé le "Star Spangler Banner" (l'hymne américain) et le premier adjoint Claude Foucault qui leur a appris que "la ville de Vire envisage d'ériger, à la Cote 203, un monument-souvenir sur lequel seront gravés les noms des 110 jeunes soldats américains qui sont morts pour libérer Vire et, notamment, sa partie sud, les 6, 7 et 8 août 1944".Parmi les vétérans se trouvait le soldat... Ryan ! Doug (pour Douglas) Ryan. Il était déjà du voyage du cinquantenaire, mais à l'époque, Steven Spielberg n'avait pas encore tourné son fameux "Il faut sauver le soldat Ryan" qui date de 1997. L'histoire de notre soldat Ryan aurait d'ailleurs pu donner lieu à un film à elle toute seule.

Omaha à 6 h 30

Doug Ryan a tout d'abord débarqué le 6 juin 1944, à 6 h 30, à Omaha Beach où 82 de ces 156 camarades ont été tués. "C'était l'horreur. Jamais je ne suis passé aussi près de l'enfer." Doug Ryan était âgé de 20 ans. Il venait de Détroit (Michigan). Issu d'une famille protestante d'origine irlandaise (région de Dublin), il avait onze frères et soeurs. Lui-même d'ailleurs a eu cinq enfants.
Le 6 août 1944, après un "détour" par Saint-Lô, le sergent Doug Ryan s'est retrouvé, avec quarante-trois camarades, au bord de la Vire et au pied de la colline de La Besnardière, la fameuse cote 203 fortement tenue par les Allemands. Dans l'après-midi, vers 17 h, ils sont partis à l'assaut. Doug Ryan était de ceux qui sont passés par le petit chemin de La Bouille qui part de l'Ecluse. Il était quasiment arrivé en haut avec quatre camarades qui, au prix de leur vie, vont finalement réussir à détruire le tank (un Tigre) qui se trouvait au débouché du chemin, en lançant une grenade à l'intérieur, quand un obus a explosé au dessus de sa tête.

Seize éclats d'obus

Gravement blessé car criblé de seize éclats d'obus dont quatre n'ont jamais pu être extraits de son corps, Doug Ryan se souvient : "Je saignais abondamment. C'était tout chaud. Je ne pouvais pas marcher. Je suis redescendu en me traînant par terre car je ne pouvais plus marcher. Par chance, je suis tombé assez vite sur un infirmier qui m'a administré la dose de morphine dont nous disposions tous puis sur un médecin." Doug Ryan connaîtra ensuite l'ambulance et l'hôpital de campagne. Puis il sera dirigé sur l'hôpital militaire de Manchester, en Angleterre, où il restera sept mois et subira trois opérations. Enfin, il regagnera les Etats-Unis en bateau, au départ du port de Bristol.
Doug Ryan faisait partie de la compagnie F du deuxième bataillon (et non pas du premier, comme indiqué par ereur, sur le monument de la Cote 203) du 116ème régiment de la 29ème division américaine ("blue and grey").

Garde du corps d'Henry Ford

De retour à Détroit, Doug Ryan est entré au service du constructeur automobile Henry Ford dont il sera le garde du corps jusqu'à sa mort en 1947. Il poursuivra ensuite sa carrière dans les relations publiques de la société. Enfin, à l'occasion de la sortie du film "Il faut sauver le soldat Ryan", nom de famille très répandu en Irlande et donc aux Etats-Unis, Doug Ryan a écrit au réalisateur Steven Spielberg qui lui a répondu "très gentiment".
A Vire, Doug Ryan qui a fait don de sa Purple Heart Medal au musée de Vire en 1994, a été accueilli par M et Mme Méheut, enseignants au lycée Marie-Curie. La médaille à laquelle il tient d'ailleurs le plus est cette Croix de Guerre que le Général de Gaulle lui a décernée après la libération de Saint-Lô. Il y tient d'autant plus que quatre seulement ont été attribués à des soldats de la 29ème.

 

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