Le Bocage Libre
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12 Août 1999

Né à Tinchebray en 1896

André Breton y est revenu en 1931...

On savait André Breton, l'un des fondateurs du mouvement surréaliste, né un peu par hasard, en 1896, à la gendarmerie de Tinchebray où son père n'est resté en poste que quatre ans. On ignorait, par contre, jusqu'à samedi dernier 7 août qu'à l'âge de 35 ans, un jour d'août 1931, l'année qui a suivi la parution de son second "Manifeste du surréalisme", il avait voulu y revenir en compagnie de Valentine Hugo et de Georges Sadoul. On ne savait pas, non plus, qu'il avait pris le temps d'y acheter et d'y poster plusieurs cartes postales dont une à destination du poète Paul Eluard...

Samedi midi 7 août, l'adjoint au maire de Tinchebray chargé des affaires culturelles Alain Chanat a reçu à la mairie une quarantaine de personnes venues en car du château de Cerisy-la-Salle où elles participaient pendant une dizaine de jours à un colloque sur "le merveilleux et le surréalisme". Colloque organisé à la fois par le Centre Culturel International du Château de Cerisy que dirige Edith Heurgon et le Centre d'Etude et de Recherche du Merveilleux, de l'Etrange et de l'Irréel en Littérature (CERMEIL) qu'anime notamment Claude Letellier, de Fontaine-Etouppefour (Calvados), ancien professeur de lettres à l'IUFM de Caen. De nombreuses "pointures" participaient à ce colloque dont Henri Béhar, professeur de littérature française à l'Université Paris III et auteur de la seule véritable biographie d'André Breton intitulée "André Breton, le grand indésirable" et parue chez Calmann-Lévy en 1990.

Le 5 août 1931

C'est d'ailleurs dans ce cercle de passionnés qu'a été repéré l'extrait des mémoires d'un certain Henri Pastoureau ("Ma vie surréaliste", Editions Maurice-Nadeau, 1992) qui permet de savoir que le 5 août 1931, profitant d'un aller-retour entre Paris et Lorient où il était allé rendre visite à ses parents, André Breton avait voulu passer par Tinchebray. Il était piloté par sa maîtresse Valentine Hugo, épouse de l'arrière petit-fils de Victor Hugo et accompagné par son ami, futur historien du cinéma, Georges Sadoul (1904-1967).
On sait également que ce même jour, André Breton posta de Tinchebray "plusieurs cartes postales" dont une représentant la chapelle Saint-Rémy à destination de son ami le poète Paul Eluard (1895-1952). André Breton qui, à l'époque, s'intéressait à l'astrologie, lui écrivit simplement ces quelques mots : "19 février 1896, 22 h 30. 5 août 1931, 16 h 35". Ceci correspond à la date et à l'heure de sa naissance ainsi qu'à la date et à l'heure de son retour dans sa commune natale. Il signe cette carte "1713" ce qui, pour les initiés, représente ses initiales (17 pour le A et 13 pour le B).

Saint-Rémy et Saint-Pierre

Henri Pastoureau signale encore qu'à Tinchebray, Sadoul a pris une photo d'André Breton et de Valentine Hugo "en pied" et que Valentine a également photographié Sadoul et Breton "devant l'église paroissiale". Ceci vient d'ailleurs corriger l'erreur qui figure dans ses mémoires où il est écrit que la chapelle Saint-Rémy est celle où "Breton a été baptisé". En réalité (et cela a été confirmé par l'historien local Georges Balloche), la chapelle fortifiée du château de Tinchebray dédiée à saint Rémy, était désaffectée depuis longtemps déjà quand André Breton est né. C'est donc sur les fonts baptismaux de l'église paroissiale Saint-Pierre qu'il a été baptisé.

André Breton bigame !

Il faut d'ailleurs savoir, comme l'a raconté avec amusement son biographe Henri Béhar, que l'état civil d'André Breton qui a été tenu comme il se doit par la mairie de Tinchebray puisque c'est sa commune natale, contient quelques inexactitudes voire même de graves erreurs. En effet, à l'en croire, André Breton qui a été marié deux fois, était... bigame du fait que son premier mariage célébré à Reno (Etats-Unis) tout comme le divorce qui a suivi, n'ont jamais été enregistrés officiellement à Tinchebray !
Les participants au colloque ont visité la chapelle Saint-Rémy et l'église Saint-Pierre puis ont poussé jusqu'à la rue André-Breton pour poser devant l'ancienne gendarmerie et maison natale d'André Breton. Sur la plaque "André Breton 1896-1966", on peut lire la phrase "Je cherche l'or du temps" extraite d'un ensemble de textes intitulé "Les pas perdus" (cette citation figure également sur sa tombe) ainsi que la curieuse mention... "né là" ! Cette visite à Tinchebray s'est achevée par un vin d'honneur à la mairie où Claude Letellier a encouragé la ville de Tinchebray "à developper son lien avec Breton".

 

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